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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

Chez les musulmans, la colère enfle contre la loi «séparatisme» et la «charte des imams» (Lou Syrah)

13 Février 2021 , Rédigé par Repères anti-racistes Publié dans #Islamophobie, #Politique française

Alors qu’un rassemblement est annoncé dimanche à Paris et que les appels se multiplient à la base, le Conseil français du culte musulman cristallise les critiques. Après la dissolution du collectif à l’origine de la manifestation de 2019 contre l’islamophobie, la mobilisation se fait toutefois en ordre dispersé.

C’est une colère invisible qui commence à prendre forme. Depuis quatre mois que le gouvernement a lancé son offensive contre le « séparatisme », la réaction des Français de confession musulmane était surveillée de près. Une fronde part finalement des mosquées, vent debout contre le projet de « charte des imams », ce document écrit sous la dictée de l’exécutif par une poignée de responsables du Conseil français du culte musulman (CFCM) et qui doit accompagner la structuration de l’imamat en France voulue par Emmanuel Macron.

En décembre dernier, Mediapart révélait comment ce texte censé organiser la fonction d’imam sur le territoire avait viré à un prêt-à-penser à destination de tous les musulmans de France. Au point que le 18 janvier, trois des huit fédérations de mosquées membres du CFCM – le Mili Görus (fondé par la diaspora turque), la fédération Foi et pratique (des traditionalistes du Tabligh) et le Comité de coordination des musulmans turcs de France (CCMTF, rattaché à l’État turc) – ont catégoriquement refusé de signer le texte présenté en grande pompe à l’Élysée.

Le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, a répliqué par la menace dans la presse : « Nous allons particulièrement regarder ce qu’il va se passer dans les lieux de culte qu’ils gèrent… » Il a fort à faire. Car ces dernières semaines, ce ne sont plus trois fédérations mais des centaines de mosquées de tout horizon qui rejoignent le front du refus.

Mercredi 10 février, 500 cadres religieux, dont « 100 imams, 50 enseignants en sciences islamiques, 50 présidents d’associations, 300 étudiants en sciences islamiques », ont ainsi paraphé une tribune appelant à mettre un terme aux mesures d’« exception » que subissent les Français de confession musulmane, « chaque jour visés par des polémiques, calomniés, stigmatisés par des figures politiques parfois sans scrupules ».

Parmi les signataires, figurent des personnalités du culte très consensuelles comme Bougroune Belkacem, connu dans le milieu religieux cannois pour avoir monté une formation à la laïcité à la mosquée du quartier de la Bocca, ou Nassurdine Haidari, imam à Marseille engagé dans la lutte antiraciste, ex-militant socialiste.

D’autres incarnent une frange rigoriste. C’est le cas d’Ayoub Leseur, figure traditionaliste de la région parisienne, ou Nader Abou Anas, « imam YouTube » de la mouvance salafi. Le spectre est très large, mais le constat partagé.

« Aucun autre culte ne subit le même traitement ni la même criminalisation, qui se traduit par la mise en cause d’associations, de lieux de cultes et de dignitaires religieux, pour “faire passer un message” », regrette cette « Tribune de la dignité », dans une allusion aux menaces lancées en octobre dernier par Gérald Darmanin.


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