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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

Erdoğan/Macron : quand les crimes de lèse-majesté occultent les crimes contre les peuples (Pierre Tevanian)

30 Octobre 2020 , Rédigé par Repères anti-racistes Publié dans #Islamophobie, #Proche et Moyen-Orient, #Turquie, #Arménie

Un président traité de « malade mental » par un autre, lequel est figuré en slip par une caricature : le crime de lèse-majesté s’est installé, ces derniers jours, à la une de nos journaux. Au détriment des peuples, une fois de plus

À l’heure où, en France, la droite au pouvoir construit, en profitant du meurtre atroce de Samuel Paty et du choc qu’il provoque, un consensus national obscurantiste, liberticide et islamophobe avec son opposition de droite et d’extrême droite, à base de gesticulation martiale, de stigmatisation des musulmans et de criminalisation des contre-pouvoirs de la société civile (CCIF, Mediapart, France insoumise, Observatoire de la laïcité), un héros auto-proclamé s’est dressé, sur la « scène internationale », pour « représenter », voire « incarner », la résistance au tournant « illibéral » de la République française – et la défense des musulmans offensés et opprimés.

Il va pourtant de soi – ou il devrait aller de soi – que Recep Tayyip Erdoğan, car c’est de lui dont il s’agit, n’a aucune légitimité pour se faire le porte-parole de cette contestation, quelle que soit sa pertinence. Quelles que soient les dérives autoritaristes, illibérales, islamophobes, qui se produisent en France ces jours-ci (et elles ne sont que trop réelles), le président turc est sans doute le plus mal placé, le moins qualifié pour les dénoncer.

Des leçons mal venues

Les leçons de libertés publiques et de respect des minorités ne sont pas audibles lorsqu’elles émanent d’un pouvoir qui dit vouloir « écraser les têtes » des combattants kurdes, qui a été plusieurs fois mis en cause par des ONG de défense des droits de l’homme comme Human Rights Watch et Amnesty International pour répression de ses minorités, kurde notamment, et contre lequel les accusations de torture ne sont pas rares.

l n’est donc pas décent, si l’on est progressiste, si l’on est démocrate, si l’on est humaniste, de faire de ce chef d’État le héros des musulmans persécutés, ni même de lui accorder le moindre crédit en tant qu’allié, ni même de rire à ses côtés de l’amateurisme – bien réel, hélas – du président français Emmanuel Macron en matière d’authentique et efficace lutte contre le terrorisme. Comme disait Pierre Desproges, on peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui.

Quant au parallèle établi par le président turc entre le statut actuel des musulmans de France et celui des juifs dans les années 30, il n’est pas davantage audible, quels que soient les parallèles historiques possibles – et effrayants – entre l’antisémitisme et l’islamophobie, de la part d’un chef d’État qui s’aligne de plus en plus clairement, ces dernières années, sur la position nationaliste de négation du génocide arménien commis par l’Empire ottoman, et qui réactive sans arrêt la rhétorique anti-arménienne contre les « restes de l’épée », notamment dans le cadre du conflit actuel dans le Haut-Karabakh. Restes de l'épée dont je fais partie.

Quant aux sarcasmes sur la « santé mentale » du président Macron, quand bien même ce dernier mène une politique détestable, et surtout s’il mène une politique détestable, ils ne sont pas audibles non plus, dans un monde où lesdits malades mentaux, moins criminels que la moyenne, sont pourtant des maltraités parmi les maltraités, qui ont en outre subi, eux aussi, une politique exterminatrice sous le régime nazi.

Combat de coqs

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