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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

Eric Fassin : “Le président de la République attise l’anti-intellectualisme

6 Août 2020 , Rédigé par Repères anti-racistes Publié dans #"Gauche" décomplexée, #Antiracisme politique, #Mouvements antiracistes

Le président a eu des mots très durs vis-à-vis des chercheurs en sciences sociales, qu'il juge “coupables” d'une “menace sécessionniste” en France. Le sociologue Eric Fassin, professeur à l'Université Paris 8 Vincennes - Saint-Denis, réagit pour Les Inrockuptibles.

Dans un article du Monde portant sur les craintes de l’Elysée face à une “menace sécessionniste” de la jeunesse dans le cadre des mobilisations contre le racisme, Emmanuel Macron déclare : “Le monde universitaire a été coupable. Il a encouragé l’ethnicisation de la question sociale en pensant que c’était un bon filon. Or, le débouché ne peut être que sécessionniste. Cela revient à casser la République en deux”. Que vous inspirent ces mots ?

Eric Fassin - Quel est le problème qui se pose aujourd’hui avec urgence ? Quand on voit les mobilisations dans le monde entier, il est clair qu’il s’agit du racisme. Et le catalyseur, ce sont les violences policières. Autrement dit, la responsabilité des pouvoirs publics est engagée. Or le président retourne le problème : pour lui, le problème urgent, ce ne sont pas les pratiques racistes, jusqu’au cœur des institutions de la République ; ce sont celles et ceux qui les dénoncent. Au fond, c’est toujours la même démarche : s’en prendre aux lanceurs d’alerte pour s’aveugler à la réalité du problème.

Il y a plus. Le président de la République attise l’anti-intellectualisme. Car dans le même article, il fait la leçon aux historiens : “la guerre d’Algérie reste un impensé” ; et il prétend “se heurter à l’absence d’interlocuteurs.” Les collègues qui travaillent depuis des décennies sur cette histoire et cette mémoire, pour lutter contre “la gangrène et l’oubli”, apprécieront. D’un côté, les universitaires parlent trop ; de l’autre, pas assez. Être responsable, pour le président, c’est sermonner les autres, pour ne jamais assumer sa propre responsabilité.

 

Enfin, Emmanuel Macron est condescendant : pour lui, si les jeunes “trouvent dans la lutte contre le racisme un idéal”, c’est qu’“ils ont des angoisses sur leurs examens, leurs diplômes et leur entrée dans l’emploi.” C’est dire que leur antiracisme n’est qu’un symptôme, un exutoire, ou une forme de sublimation. Autant de manières de ne pas prendre au sérieux ce qui se passe.

>> A lire aussi : “Les violences d'Etat ne sont pas des accidents”

Alors qu’une mobilisation massive contre le racisme et les violences policières a lieu en France, s’agit-il d’un contre-feu visant à discréditer une jeunesse considérée comme “manipulée” ?

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